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Maincare Solutions : GHT et Urbanisation SI

my SIH magazine a eu l’opportunité d’un entretien avec Mr Christophe BOUTIN – Président de Maincare Solutions : un moment privilégié pour mieux comprendre la logique de l’arrivée d’IDO-in dans le paysage et faire le point sur la vision de Maincare Solutions en regard des enjeux d’urbanisation des SI de Santé.

my SIH magazine :: quels sont les premiers retours de l’opération de rachat d’IDO-in en début d’année ?
CB : S’attaquer directement à l’unification des différentes composantes d’un SI est complexe. Il faut par exemple plusieurs années pour articuler le DPI, le PMSI et la GAP de cinq établissements avec la même solution. IDO-in nous permet de passer par une étape préalable - plus pérenne - qui consiste à préparer les conditions d’échange et de partage sur le périmètre qu’il s’agisse de l’établissement ou du territoire. L’opération d’alignement des identités est un préalable et ce n’est pas du ressort des DPI, ni des GAP. Sans une véritable politique d’identitovigilance et fédération des identités, le partage de dossiers médicaux est voué à l’échec.

my SIH magazine :: Donc la logique de rachat d’IDO-in est liée à votre stratégie « GHT » ?
CB : Oui, en grande partie. Nous n’aurons certainement pas toujours la même approche pour les 135 schémas directeurs GHT. Chaque projet, chaque groupement fera l’objet d’une étude méthodologique spécifique. Il y a aujourd’hui des appels d’offres DPI structurés selon une logique « territoire » : multi-entités, vision globale et partage de référentiels. Dans beaucoup de régions il va falloir agréger une moyenne de cinq à six établissements. La plateforme IdéoLink Collaboration d’IDO-in nous permet d’organiser les conditions d’échange et de partage sécurisés dans un ordre logique : l’identité, les annuaires et l’entrepôt de documents pour l’ensemble des acteurs impliqués dans le parcours du Patient. L’autre raison du rachat, c’est de pouvoir travailler sur les parcours de santé et la télémédecine avec une plateforme reconnue et au plus haut niveau technologique.

my SIH magazine :: Oui mais… il n’est pas toujours facile d’agréger des technologies et, encore moins, des visions « métier » différentes ?
CB : Effectivement, il s’agit de mettre en chantier de vrais projets d’intégration avec une forte composante d’interopérabilité. Dans certains cas, en parallèle et selon un timing spécifique, il y aura une démarche de convergence des applicatifs. C’est peut-être dans un ou deux ans ou certains groupements auront l’opportunité de démarrer dans des environnements nativement unifiés provenant d’un même éditeur. On sent bien que la convergence des applicatifs lourds, en particulier le DPI, risque de prendre du temps ; que ce soit dans les groupements où nous sommes très présents via la GAP et le DPI ou dans des cas où nos solutions ne concernent qu’un établissement sur N dans un groupe. Notre stratégie est celle d’une urbanisation globale. En particulier, dans un cas de figure avec une présence « minimale » de nos solutions, la couche collaborative IDO-in prend tout son sens. Nous sommes aujourd’hui les seuls en France à disposer d’un socle d’infrastructure aussi urbanisé. Certains concurrents commencent à s’intéresser aux composants techniques tel que, par exemple, l’identité ou les annuaires : IDO-In y est depuis 15 ans ! La plateforme IDO-in fonctionne déjà sur plusieurs dizaines de projets régionaux : en Martinique, au Luxembourg ou encore à La Réunion et il s’agit de technologies largement éprouvées aujourd’hui.

my SIH magazine :: En « Urbanisation SI » quel est donc votre principal concurrent ?
CB : Nous n’avons pas de concurrent direct avec une logique aussi urbanisée que la nôtre. Il y a des approches ponctuelles sur certaines briques mais pas de concurrent avec des environnements aussi présents que les nôtres sur le marché. Il n’est pas possible d’atteindre un niveau de maturité en urbanisation SI en deux ou trois ans. Il faut de 10 à 15 ans pour y arriver et des équipes R&D conséquentes. Historiquement, l’urbanisation s’est bâtie sur une technologie de plateforme régionale. Ces plateformes régionales, déployées il y a un peu plus de 10 ans, sont - à des degrés divers - des plateformes d’agrégation qui ne produisent pas d’information.

my SIH magazine :: Oui, mais qu’en est-il de la médecine de ville ?
CB : Notre stratégie est d’exposer de manière intelligente ce qui se passe au sein de l’hôpital sans polluer inutilement le professionnel de santé du cabinet de ville en exigeant – par exemple - une connexion systématique sur un portail spécifique. L’idée est de préparer le parcours du patient et d’informer la médecine de ville. Par exemple, sur le territoire Océan Indien (Réunion-Mayotte), dans le cadre du projet OIIS, nous travaillons avec CEGEDIM où nous venons juste d’annoncer l’interopérabilité avec les logiciels médecine de ville dans un objectif de fluidité : l’information doit être initiée dans le logiciel du médecin de ville. Les applications Smartphone et autres portails ne sont que des outils complémentaires et il ne s’agit pas uniquement d’un suivi du parcours Patient avec une simple composante sanitaire.

my SIH magazine :: la collecte documentaire est une composante importante d’urbanisation. Quelle est la vision de Maincare Solutions sur le sujet ?
CB : En ce qui concerne le collaboratif et le workflow documentaire, nous avons opté pour une différenciation des visions administrative et médicale. En ce qui concerne la partie administrative, nous avons décidé de passer un partenariat avec Ennov pour intégrer leur produit de GED en OEM et de l’adosser à nos applicatifs de gestion économique et financière,  de gestion RH ou administrative/facturation (comme ce sera le cas sur les 39 hôpitaux de l’AP-HP). La vision médicale est différente. De notre point de vue, elle doit être intégrée au fonctionnement quotidien. C’est en ce sens que nous privilégions une notion d’entrepôt documentaire médical qui reste adossé au DPI mais qui est néanmoins remonté au niveau territorial dans une logique, encore une fois, de GHT en franchissant un nouveau palier grâce aux technologies IDO-in.

My SIH magazine :: l’urbanisation c’est peut-être aussi une redistribution des cartes du côté des éditeurs ?
CB : Effectivement, la logique de regroupement au niveau des éditeurs est inéluctable. Ce qui est regrettable, c’est que cela risque de se passer dans la douleur. Il vaut mieux agréger des sociétés en pleine forme, de manière volontaire et planifiée, plutôt que de reprendre des entités en difficulté avec, du côté client, un parcours d’évolution imposé… En France, l’industrie de l’Informatique de Santé est encore trop fragmentée. En regard de la dépense publique, il faudrait 4 à 5 groupes de plus de 100 millions d’euros pour être en capacité de répondre aux objectifs d’une vision globale de la Santé. Du point de vue de Maincare Solutions, l’enjeu est plus celui d’un SI territorial que d’un SI Hospitalier. Le SI de Santé 3.0 est en marche !

my SIH magazine :: Comment expliquer le profil plus « Hôpital public » que « Clinique privée » de Maincare Solutions?
CB : Notre problématique est historique. Nous ne disposions pas à une certaine époque des produits adéquats pour attaquer le segment de marché du privé. Le besoin des groupes privés se situe au-delà de la vision applicative unitaire : il s’agit pour eux d’optimiser le parcours du patient. Aujourd’hui, avec le groupe IDO-in, nous disposons de solutions d’avant-garde en ce domaine. À titre d’exemple, le déploiement sur les différents établissements du groupe le Noble Age, autour d’une plateforme qui se projettera sur certains parcours, s’inscrit dans cette démarche. En résumé, le secteur privé va forcément nous intéresser, d’autant plus que le mouvement de consolidation dans ce secteur va exiger, d’un part, les mêmes contraintes au niveau des produits que nous déployons dans le secteur public et que, d’autre part, nous travaillons à l’évolution de notre offre produit pour répondre à une stratégie de groupe.

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